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İzmir en clairLe guide indépendant d’İzmir et de la côte égéenne
Sites antiques et patrimoine

Smyrne avant İzmir : comprendre 3 000 ans en une ville

La ville a changé d’emplacement, de langue, de population et de nom. Elle a été grecque, lydienne, romaine, byzantine, ottomane, cosmopolite au point qu’on la surnommait « l’infidèle », puis elle a brûlé en 1922. Ce qu’il faut savoir pour lire ce que vous voyez.

Informations vérifiées le 7 septembre 2026. Publié le 7 septembre 2026. Site d’information indépendant. Nous ne sommes pas une agence de voyages : nous ne vendons aucun séjour, ne prenons aucune réservation et n’encaissons aucun paiement.

Colonnes de marbre et théâtre antique dominant la mer à la lumière du soir

On visite İzmir en se demandant souvent où est la vieille ville. La réponse est déroutante : elle a brûlé, et avant cela, elle avait déjà changé deux fois d’emplacement.

Comprendre ce déplacement permanent est la clé de la ville. Sans ça, on parcourt des vestiges dispersés sans saisir ce qui les relie.

Trois villes, trois emplacements

La Smyrne archaïque, au nord du golfe

La première ville s’installe sur une petite péninsule au fond du golfe, à l’emplacement de l’actuel quartier de Bayraklı. On y a retrouvé des traces d’occupation remontant au troisième millénaire avant notre ère, et une cité grecque structurée dès l’époque archaïque, avec l’un des plus anciens temples connus d’Asie Mineure.

C’est la Smyrne dont la tradition antique fait la patrie d’Homère — revendication que plusieurs cités se disputaient, et qui en dit plus sur le prestige de la ville que sur la biographie du poète.

Cette première ville est détruite au VIe siècle avant J.-C. par le roi lydien Alyatte, celui-là même dont la dynastie régnait à Sardes. Elle survit ensuite en villages dispersés pendant près de trois siècles.

La refondation sur la colline

Au tournant du IVe siècle avant J.-C., la ville renaît ailleurs : sur les pentes du mont Pagos, l’actuelle Kadifekale, et redescend vers le rivage.

La tradition attribue cette refondation à un rêve d’Alexandre le Grand ; elle est en pratique l’œuvre de ses successeurs. Peu importe la légende — ce qui compte, c’est que la ville que vous visitez aujourd’hui descend de celle-là, et que sa colline d’origine se voit depuis à peu près partout.

La ville romaine, et le séisme de 178

Smyrne devient l’une des cités les plus prospères de la province d’Asie. C’est de cette période que date l’agora que l’on visite au centre-ville.

Précision qui change la lecture du site : ce que vous voyez n’est pas la ville d’Alexandre, mais la reconstruction qui a suivi le tremblement de terre de 178 après J.-C., financée sous Marc Aurèle. Un motif qui revient dans toute l’histoire d’İzmir — on rebâtit, encore.

« Gâvur İzmir », la ville des autres

Sous l’Empire ottoman, à partir du XVIIe siècle, Smyrne devient le grand port du commerce entre l’Anatolie et l’Europe. Et elle devient surtout une ville profondément plurielle : Turcs, Grecs, Arméniens, Juifs sépharades, et ces marchands européens installés sur place qu’on appelait les Levantins.

Cette composition lui vaut son surnom, Gâvur İzmir — « İzmir l’infidèle ». Le terme était péjoratif dans la bouche du reste de l’empire. Il dit surtout une chose : ici, la majorité musulmane n’allait pas de soi, et la ville vivait en plusieurs langues.

C’est ce monde-là qu’on devine encore dans Havra Sokağı, la rue des synagogues, et dans les maisons levantines de Bornova.

1922 : la rupture

En septembre 1922, à l’issue de la guerre gréco-turque, un incendie ravage la ville. Les quartiers grec et arménien sont détruits ; la population non musulmane, déjà en fuite, quitte massivement le port.

L’année suivante, la convention de Lausanne organise l’échange obligatoire de populations entre la Grèce et la Turquie. Des centaines de milliers de personnes changent de pays. Des villages entiers se vident et se repeuplent — c’est l’histoire de Şirince, et c’est celle de la région tout entière.

Pourquoi il n’y a pas de « vieille ville » à visiter

C’est la réponse à la question que tout le monde se pose sur place. Le tissu urbain ancien d’İzmir a brûlé en 1922, et la ville reconstruite ensuite est moderne. Ce qui subsiste d’avant se trouve par fragments : le bazar, quelques rues, les maisons levantines, l’agora sous le niveau de la rue.

İzmir ne se visite donc pas comme une ville-musée. Elle se lit par strates, ce qui demande un peu plus d’effort — et rend la découverte plus intéressante.

Une ville qui se reconstruit, toujours

Séisme de 178, incendie de 1922, séisme de 2020 : la constante de l’histoire d’İzmir n’est pas la destruction, c’est la reconstruction.

C’est peut-être ce qui explique le caractère de la ville aujourd’hui — tournée vers l’avant, peu encombrée de nostalgie, plus intéressée par son front de mer que par ses ruines.

Où voir tout ça

Période
Smyrne archaïque Bayraklı, vestiges peu aménagés
Refondation hellénistique Kadifekale
Ville romaine Agora de Smyrne
Époque ottomane Kemeraltı et ses hans
Ville plurielle Havra Sokağı, maisons levantines de Bornova
Après 1922 Alsancak, le Kordon, la ville moderne

Le parcours d’initiation suit à peu près cet ordre : il est construit pour rendre cette histoire lisible en marchant.

Sources

Ce qui a changé

  • 7 septembre 2026 — Première publication. Synthèse historique ; les lieux cités renvoient aux fiches concernées.